. Switch off the light

« Il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant d’avoir mis la charrette avant les bœufs »

On est d’accord, cette phrase ne veut rien dire. En même temps, c’est un peu le but d’une private joke.

Toutefois elle s’est imposée à moi lorsque, dans ma douche, je repensais à la soirée de la veille qui devait s’annoncer comme des plus prometteuses (comprendre alcool, décibels et peu de sommeil) et qui s’était plutôt lamentablement terminée. Je m’étais donc couché à une heure peu avancée de la nuit pour un étudiant sortant un jeudi soir, soit environ 2h du matin, sur fond de demi-regrets et de promesses non-tenues. Le genre de promesses qu’on se fait à soi-même en prévision d’une grande soirée.

Or, en me levant le lendemain matin, j’avais un peu l’impression d’avoir déserté le champ de bataille et ne pouvais m’empêcher de penser que si j’étais resté un peu plus longtemps, la fièvre du jeudi soir aurait pu finalement faire effet jusqu’au petit matin.

Que nenni. je savais sur le moment que c’était la bonne décision.

Et c’est en m’efforçant de m’en convaincre que cette phrase ressurgissait subitement de ma mémoire. Je ne saurai dire pour quelles raisons, mais c’est surement lié à la madeleine de Proust. Toujours est-il que j’avais l’impression d’avoir trouvé la pièce manquante au puzzle. Vous savez, un peu à la Dr House, quand l’énigme prend tout son sens à la vue d’une sucette sur un bureau ou d’une mouche sur une vitre. Sauf que moi, dans le microcosme de ma douche « d’un mètre sur un mètre, et encore »,  je n’avais pas l’impression d’avoir sauvé une vie. Nevermind. Toutes les victoires sont bonnes à prendre, même les plus insignifiantes. Et celle là ne l’était pas tant que ça.

Je prenais peu à peu conscience d’une chose : bien qu’ayant été en deçà de mes espérances, cette soirée m’avait tenu occupé. Pas une seule fois je n’avais pensé à elle. Ce que j’avais eu pour objectif toute la semaine. En vain. Merci les réseaux sociaux. J’avais secrètement nourris l’espoir de la rencontrer ce soir là, sur la piste d’un des clubs qu’elle affectionne, sachant que ça n’arrangerai pas ma situation mais qu’au moins, ça contenterai mes émotions. Un peu à la façon d’un dernier verre. Histoire de se donner du courage.

Venait alors à moi une question : « Pourquoi n’être pas resté jusqu’au bout ? ». C’est vrai. La soirée, selon l’horloge étudiante, ne faisait que commencer et j’avais encore quelques chances de la rencontrer. La raison était simple. Bien que dur à assimiler, et en même temps annonciatrice d’un climat émotionnel, sinon moins tumultueux, au moins différent. C’était seulement à cause de cette autre fille présente ce soir là. Je la connaissais de par la fac mais ne m’étais jamais arrêté sur elle jusqu’à récemment. On avait jamais vraiment discuté et encore moins seuls. Or, mes pensées mises en veilles par l’alcool, avaient été à son égard toute la soirée. Du moins, j’avais essayé de la jauger, de l’observer. Plus ou moins inconsciemment. Une sorte de Game of Throne plutôt maladroit.

Il n’était pas là question d’un transfert émotionnel. Seulement, grâce à elle, j’oubliais l’autre. Comme si sa présence parasitait mes pensées. Une bonne chose en soi.

D’ailleurs, par un quelconque coup du destin, et après l’avoir perdue de vue une heure plus tôt, je la rencontrais encore. C’est là que j’appris qu’elle ne restait pas jusqu’au petit matin. C’est aussi à ce moment là que ma soirée se termina. Réaction égoïste de ma part, mais tel un enfant à qui l’on enlève son nouveau jouet, je n’avais plus vraiment envie de jouer avec les autres.

Et la demi-heure suivante ne fut que tentatives illusoires de sauver cette soirée. Alors, je me mis en quête d’attraper le dernier tram.

En y repensant, c’était pas tant l’objet qui m’importait vraiment mais plutôt l’effet. Cette ivresse que l’on trouve nul part dans l’alcool.

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